souvenir-michel

Nous avons la profonde tristesse de faire part de la disparition de

Michel JAKAR

Cinéaste

survenue à Bruxelles le 23 janvier 2012

au terme d’un combat courageux.

Merci de partager avec nous vos souvenirs et vos pensées. Vous pouvez lui rendre hommage ici.

20 Hommages En souvenir de Michel Jakar

  1. Jacques Delcuvellerie / Le Groupov :

    C’est avec une vive émotion que nous avons appris le décès de Michel Jakar, cinéaste et réalisateur à la RTBF. Passionné des langages de l’image et du son, il fut aussi – toute sa vie – extrêmement sensible aux autres formes de l’expression artistique : écriture, chant, danse, théâtre.

    Certaines de ses plus belles œuvres résultent précisément du dialogue sensible avec les créations d’autres artistes. Spectateur attentif et amical du Groupov, dès son premier spectacle, en 1981, il a travaillé également avec ses acteurs : Francine Landrain et François Sikivie.

    En 1987, il a filmé avec une empathie, une pudeur, une imagination et une justesse bien rares notre création Koniec (genre-théâtre). Ce spectacle-charnière, essentiel dans notre histoire, capté par Michel au Varia à Bruxelles et à De Singel à Anvers, reste à notre connaissance un des plus beaux « films de théâtre » jamais réalisés dans ce pays. Nous lui en gardons une profonde reconnaissance.

    Par ailleurs, nous avons toujours respecté l’attitude discrète mais ferme, résolue, avec laquelle il a toujours défendu ses choix et son parcours singuliers dans une télévision de plus en plus éloignée de ses propres valeurs. Dans ce combat courageux, ces apparitions choisies et ces disparitions obligées, lui ont parfois été bien amères. Mais qui l’a entendu se plaindre ?

    Michel Jakar a tourné tant qu’il a pu et ces images resteront dans notre cœur jusqu’à notre propre effacement.

  2. RENARD :

    Mes sincères condoléances avec mes sentiments respectueux.

  3. Sacha :

    Bien, oui, bien…..tout ira bien….c’est le message que tu nous as donné jusqu’au bout…..alors que ton enveloppe corporelle te devenait de plus en plus insupportable, ton esprit était plus que jamais sur le qui-vive….

    Etre là, furent tes dernières paroles, dans un immense effort de souffle et ce jusqu’au dernier…..et nous, nous étions là

    Je cherchais un être de qualité pour créer une peinture littéraire et tu as été celui qui y a apporté les premières esquisses.
    J’ai pu te dire merci quand tu pouvais encore l’entendre…..j’en suis heureuse.

    Tu as réussi à dévoiler ton projet « Plus rien ne bouge », grâce à ton immense courage et ton amour pour la lutte …… et ce projet est à l’image de ce que nous avons vécu: un archipel de petits films, comme ceux que nous pouvons vivre tout au long ou dans l’accéléré d’une vie…..

    Maintenant il est temps de laisser le corps s’en aller, mais pas l’esprit, celui-ci continuera vivre tant qu’il sera dans la mémoire de tous ces êtres que tu as pu toucher, intriguer, interpeller, bousculer avec cette élégance et cette détermination qui étaient les tiennes.

    Bon vent Amour.

  4. Michel Jakar a été conférencier à La Cambre en 2009, associé à cette occasion aux travaux de l’option Sculpture.
    C’est en souvenir de cette fructueuse collaboration, et au nom de toute la communauté de La Cambre, que je tiens à présenter nos condoléances les plus sincères à la famille de Michel Jakar et à tous ses proches.
    Pour l’ENSAV – La Cambre,
    Caroline Mierop, directrice

  5. Pour voir ou revoir les images de Michel tournées en 2008 pour les besoins de la collection consacrée aux cinéastes belges, vous pouvez consulter l’adresse de la « RBF la trois Big Memory ».
    Amicalement à tous et à toutes

    R.O

  6. Baudour :

    Voici que se renforce le souvenir d’un vrai passionné, créateur avant toute chose, innovateur et chercheur de beauté, de rigueur, d’authenticité.
    Originalité de l’esprit, de l’image, de la langue : Michel est parmi les auteurs le symbole de la pugnacité dans ses oeuvres.

    Michel Baudour

  7. Teff Erhat :

    Ceux qui nous quittent n’emportent pas tout. Ils nous laissent avec le souvenir de ces choses – agréables ou difficiles – vécues ensemble jadis. Ils font partie de notre mémoire… Bon voyage, Michel.

    Michel Jakar en 1972

    Michel Jakar en 1973

  8. Groupe Rustin :

    « Certaines de ses plus belles œuvres résultent précisément du dialogue sensible avec les créations d’autres artistes. » Ai-je lu ici. C’est parfaitement juste. Toutes nos condoléances. La Fondation Rustin perd un véritable ami, compagnon de route, qui avait récemment exposé son cinéma « Plus rien ne bouge » : une série de portraits, courts-métrages et installations vidéos, nés de sa rencontre avec Jean Rustin. Projet débuté en 2006, « Plus rien ne bouge » avait été achevé et présenté à Bruxelles en 2011. La Fondation Rustin s’attachera à faire vivre les œuvres de Michel et s’associe à sa famille pour lui rendre hommage, saluer sa très belle personnalité et l’ensemble de son œuvre.

  9. Jean-Jacques Jespers :

    Nous partagions peu mais ces rares échanges étaient d’une densité peu commune. Je me souviens du chef-d’oeuvre que Michel nous offrit pour le seul numéro d’un magazine culturel prestigieux et hélas abandonné, « Pour l »île déserte », où la dilection le disputait aux délices. Un dialogue sensuel et subtil, en robe d’interieur et dessous chic, entre Francine Landrain et Philippe Sollers, sur le lit d’une chambre de palace, entre champagne et soie rose, à propos de Mozart et de l’amour. Une perle. Tout à fait le genre de Michel Jakar. Tout à fait le genre qui nous manque et nous manquera encore plus à présent qu’il n’est plus là.

  10. andré dartevelle :

    J’ ai eu le plaisir d’introduire Michel Jakar non pas à l’académie, mais dans l’enseignement supérieur. J’ai consacré une partie de mon cours de l’INSAS sur le documentaire à la TV publique à son film sur Marcel Moreau. Comme dans tous ses films, il a réussi à briser le moule formel et conceptuel dans lequel les réalisateurs enfermaient habituellement leurs portraits filmés d’écrivains.

    Il a eu l’audace de partir non pas de l’homme pour parler de ses livres, mais des mots pour parler de l’homme, des mots, de la coulée des mots, de leur articulation avec la page, de leur prononcé, de leur choc graphique, de leurs ratures, de leur encre, de leur densité. Ce film offre une telle innovation que j’ai tenté de l’analyser avec mes étudiants en cinéma. Ce film lui ressemble parfaitement; il s’est livré à une sorte d’introspection de l’art contemporain dans toutes ses formes, il lui fallait éprouver son langage en se confrontant à celui des artistes dont il filmait les performances, ce langage qui se retourne et se détourne pour se sauver et s’approfondir dans une quête de vérité et liberté. Il a réussi à créer des oeuvres d’une totale singularité, en filmant et en interrogeant le théâtre, la danse, les arts plastiques, la littérature.

    La TV d’alors (!) lui a permis dans certaines limites de réaliser des films expérimentaux, des objets d’une totale étrangeté,
    mais qui faisaient la noblesse de l’antenne publique. Je pense qu’il faudra rechercher dans les collections de la RTBF tous les courts métrages de Michel consacrés à des créateurs, réalisés pour divers magazines culturels. Certains d’entre eux possèdent le même génie que ses grands films.

    Toutes mes condoléances à ses proches.

    André Dartevelle

  11. Cher Michel,

    Nous sommes venus te dire adieu !
    Adieu à un ami qui fut un compagnon de la première heure de notre association de réalisateurs.
    Nous emporterons de toi le souvenir de ton regard pétillant lors de notre dernière présentation d’appels à projets pour Cinéastes Associés. L’envie, le désir d’écrire et réaliser un film « micro budget » t’excitait et tu débordais ce soir-là de vie et de projets. C’était en novembre dernier, tout juste hier.
    Voilà l’arrêt sur image que nous emporterons de toi : un réalisateur toujours prêt au défi artistique.
    Longue vie à toi où que tu sois aujourd’hui. Et surtout ne perds pas ton acuité de regard, ton souci du monde sonore et ton exigence de la qualité , tout ce qui faisait notre Michel Jakar.

    Au nom du CA de l’Association des Réalisateurs et Réalisatrices de Films. André BUYTAERS

  12. Sluszny :

    Nous n’étions pas proches mais nous nous sommes parlés quelquefois. Sincèrement avec entre nous les choses qui nous tenaient à coeur, nos projets, nos valeurs, nos frustrations…
    Avec Michel, c’est un paquet de talent qui s’envole, un regard géant pour les artistes en bataille qui s’éteint, avec sa façon de faire  » en résistance « , hors format, hors normes et cette volonté farouche que jamais, non jamais on ne puisse dire de ses images qu’elles sont des produits c’est à dire des plus-values d’entreprise dans un univers médiatique en pleine débauche néolibérale.
    Je me souviens qu’un jour il m’a dit:  » Je vais rester le plus longtemps possible (à la rtbf) pour les faire chier!
    Parole entendue. Je ferai de mon mieux.

  13. En 2001, après s’être croisés à plusieurs reprises, Michel Jakar et Françoise Brumagne m’ont proposé de réaliser un reportage à propos de mon travail. Je leur ai dit: pourquoi pas autre chose, un court métrage qui parle de mon approche à travers la réalisation d’une installation qui n’existerait que par le film. L’idée était lancée et l’accueil qui fut fait à ma proposition a été immédiat. C’est de cela que je voudrais parler, de cet accueil, cette ouverture sans chichis, avec le sourire et de la complicité.

    En est sorti « Ouverture 1 ». Eh oui, cette qualité qui lui va si bien, celle d’être ouvert aux autres. Il restera en moi le grand plaisir que j’ai eu à le connaître, son sourire et la belle qualité qu’il avait de s’intéresser aux autres.

  14. « Chers amis (et administrateurs),

    je suis désolé mais je n’arrive pas à vous quitter. J’ai essayé de toute la conviction dont je suis capable à me déstabiliser, à noircir le tableau et à me ridiculiser moi-même, je n’y arrive pas. Le plaisir est le plus fort. Plaisir d’être en votre compagnie. Plaisir de me battre à vos cotés pour un secteur qui a plus besoin de chaleur que d’abandon, de solidarité que de lâchage.

    Malgré toutes nos différences et nos âges différents, j’ai la sensation qu’un groupe existe, un groupe qui a trouvé sa forme de parole et sa liberté de ton pour faire avancer les choses. Au risque de me répéter, l’esprit de cette cellule administrative est assez unique, je ne l’ai jamais rencontré avec cette force-là au cours de ma vie dans les associations. Et même au sein d’une profession.
    Ce que je souhaiterais vivement pour notre avenir c’est le développement radical d’une production de sens qui puisse dépasser l’enjeu esthétique pour que la radio, à travers l’acsr, devienne aussi l’équivalent d’un mouvement de pensée forte dans ce monde terrorisé et tournant fou.

    Donc, chers amis, je m’engage, non pas à être présent souvent au bureau, mais à oeuvrer sur le vaste terrain du chantier que nous avons ouvert ensemble. N’arrivant pas à vous quitter, je me présente à nouveau à la porte entrouverte. Je n’y mets pas le pied, je sonne…

    A + tard

    Mitch »

    Extrait de la lettre de Michel Jakar adressée, en mars 2004, au Conseil d’administration de l’acsr – l’atelier de création sonore radiophonique, qu’il a cofondé en 1996 et animé jusqu’en 2006

    - – - – - –

    C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris, au terme d’un combat courageux contre la maladie, le décès de Michel Jakar, ce 23 janvier à Bruxelles.

    Nous désirons envoyer le témoignage de notre sincère affection à sa famille, à ses proches.

    En reprenant ses mots, nous l’entendons encore, son charisme, son dévouement,
    des paroles qui dépassent encore aujourd’hui le présent, qui résonnent de pertinence pour notre futur dévoué à la création.

    Nous lui répondons aujourd’hui : « Michel, tu n’y as pas mis le pied, tu sonnais et tu sonnes encore ! Nous ne t’oublierons pas. ».

    De la part de l’atelier de création sonore radiophonique,

    Carmelo Iannuzzo, Marcel Xhaufflaire, Etienne Noiseau, Jacques Foschia, Dimitri Coppe, Carine Demange, Vincent Matyn-Wallecan, Irvic D’Olivier, Sylvie De Roeck, Clémentine Delahaut, Juliette Boutillier, Yves Poliart, Jean-Marc Turine, Annette Vande Gorne, Frédéric Young, Gregor Beck, Sébastien Dicenaire, Philippe Oshé

  15. Maxime Benoît-Jeannin :

    Mon cher Michel, mon camarade, mon complice, mon ami,

    Lorsque je t’ai vu agonisant sur ton lit d’hôpital, en ce début d’après-midi du lundi 23 janvier 2012, littéralement « à bout de souffle », j’ai pensé à Michel Poiccard, le héros du film de ton compatriote Jean-Luc Godard. Oui, que ce soit sur un bout de trottoir parisien ou un lit d’hôpital bruxellois, la vie se termine toujours tragiquement quand le fil est coupé trop tôt. Sorti de Saint-Pierre deux heures plus tard, je me suis retrouvé brusquement sur le boulevard de Waterloo, devant un étrange objet brillant aux formes aérodynamiques, que je pris d’abord pour une sculpture. Or, c’était une vespasienne à deux places, toute neuve. Ces édicules n’existant plus à Bruxelles, je me suis dit : je vais en parler à Michel, cela l’amusera. Mais ce n’était plus possible. Ce ne le serait plus jamais. Tu n’étais plus présent dans cette nouvelle réalité qui n’est plus la tienne et qui est maintenant la nôtre. Et je suis descendu vers la gare du Midi, avec l’idée de me noyer dans la foule. J’avais besoin de sentir la vie palpiter autour de moi.

    On va sans doute ici et là parler de ce que tu as fait. Peut-être va-t-on prononcer ton éloge, faire ton apologie et ton panégyrique, ou simplement dire quel fut ton apport dans cet art de l’image qui était le tien et qui t’appartenait en propre. Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas passer sous silence ce que tu n’as pas pu faire, mais que tu as tenté avec moi : une œuvre de cinéaste de longs-métrages de fiction où s’élaborait, à partir de sujets toujours originaux, un certain style de narration qui nous était particulier. Je suis le seul à pouvoir l’entreprendre. Mais comme c’est un travail auquel je me livre depuis le 21 juin 2010, date de l’appel téléphonique que tu me lanças de Lausanne après être sorti du coma, je ne ferai qu’évoquer, ici et maintenant, cette approche.

    Nous nous sommes rencontrés en 1977, parce que tu lisais des romans et des nouvelles de Science-fiction et que j’en écrivais à l’époque. Nous avons rapidement rédigé un scénario de politique-fiction. Ce scénario n’a pas été réalisé. Il s’est écoulé plusieurs années avant que nous ne nous remettions à écrire ensemble. Cela s’est fait dans un registre et des thèmes tout à fait différents, au fil du temps. Car nous changions, l’un et l’autre, et pratiquement dans la même direction. C’est ainsi que nous avons travaillé à un scénario, au courant des années ’80, un scénario dont le héros était Charles Baudelaire à Buxelles. Nouvel échec. Il y eut encore trois scénarios après celui-là. Puis une pièce de théâtre dont le personnage central était Jean Meslier, curé athée et révolutionnaire.

    Nous étions maintenant dans les années ’90. Oui, le temps passe vite — reconnaissons qu’il passe toujours trop vite, de toute façon — quand on écrit des scénarios qui ne se réalisent pas ou des pièces qui ne sont pas représentées. Surtout quand on fait autre chose. Toi, de ton côté, tu réalisais des films pour la RTBF ou Kamalalam, ta structure de production. Tu filmais le travail de la compagnie Mossous-Bonté, dans « Rien de réel », par exemple, et les spectacles des Brigittines. Moi, j’écrivais et publiais des livres. Pourquoi alors parler des échecs ? Mais parce que les échecs structurent tout autant la vie d’un homme que ses réussites.

    À la fin des années ’90, nous avons mis en chantier un nouveau scénario, obtenu de la Commission du film une nouvelle aide à l’écriture. Dans le même temps, tu réalisais pour la RTBF un moyen-métrage dont je fus le scénariste, « Madame Charles-Quint, vous avez oublié vos pistolets », regards et paroles de deux auteurs — toi et moi — sur Bruxelles, leur ville d’adoption.(Nous sommes, toi et moi, dans ce film.) Malheureusement, pour un mot dit ironiquement, un mot de trop, qui qualifiait peut-être exagérément un auteur de bandes dessinées mondialement connu, celle qui fut autrefois sa veuve, par des pressions bien dosées, obtint du producteur, en 2001, l’interdiction de fait de l’œuvre. Toi et moi avons vécu, à ce moment-là, une période d’intense solitude. C’est dans ce film, j’y pense soudainement, que tu as filmé ce tram, qui va de « Paix » à « Silence », où nous sommes en ce moment, ce qui nous semblait un symbole de la Belgique de cette époque.

    Nous avancions cependant dans notre scénario de fiction. Notre personnage principal était une femme immigrée vivant à Bruxelles, capitale de l’Europe, une femme poète appartenant à une culture minoritaire et s’exprimant dans une langue minoritaire, et je ne sais plus pourquoi nous avions choisi la langue arménienne. Tu poussas si loin la rigueur et l’absence de concession, que tu fis traduire les répliques de notre héroïne en arménien, car tu voulait vraiment que le scénario fût le plus proche possible de ce que serait le film s’il était réalisé. J’avoue que j’eusse proféré plus de prudence, l’arménien étant une langue qui s’écrit dans des caractères qui ne ressemblent pas à nos caractères latins. Ils sont donc illisibles pour ceux qui ignorent la langue. Il me semblait que c’était peut-être provoquer inutilement les gens de la Commission. Ceux qui liraient et qui nous jugeraient. J’ai reconnu alors que tu étais plus jusqu’auboutiste que moi, plus déterminé à ne rien céder. Tu t’obstinas et j’acceptai ton idée. Comment allions-nous appeler ce scénario, quel titre allions-nous lui donner ? D’abord, il se nomma : « La est charmante mais incertaine ». Très vrai, n’est-ce pas ? mais un peu long. Je suggérai ensuite : « Hapax ». Quand je te dis qu’un « hapax » était, en linguistique, une expression qui signifiait « chose dite une seule fois », sans exemple auparavant, et qui ne peut pas être imité, tu fus enthousiaste. Mais comme nos autres scénarios, celui-ci resta dans nos tiroirs.

    Je crois qu’au fond notre idée du cinéma était devenue une utopie. Nous continuions à œuvrer pour quelque chose qui n’existait plus, un peu comme ces agents venus d’un autre univers galactique, dont parle William Burroughs : « C’était une sacrée époque ! Nous nous prenions tous pour des agents intersidéraux engagés dans une lutte sans merci… batailles… messages chiffrés…embuscades. Ça semblait réel, à l’époque, mais maintenant, allez savoir… »

    Au début des années ’2000, nous avons cessé de collaborer ensemble. Nous avions été des camarades dans la création d’œuvres. Combien de travail, combien d’espérances au cours de ces années ! Nous fûmes des conspirateurs, puisque nous voulions faire entrer dans le cinéma des films qui n’étaient rien qu’à nous, sans nous soucier d’un quelconque public. Quand d’autres s’éloignent lorsqu’ils n’ont plus rien à faire ensemble, nous, nous devînmes des amis. Nous ne nous réunissions plus pour des raisons professionnelles, mais tout simplement pour partager un repas, visionner un film. Nous parlions de nous et de tout, de plus en proches au fil du temps. Ta maladie n’y a rien changé, au contraire.

    Lorsque tu eus 60 ans, je t’envoyai une carte avec un texte que je terminai par ces mots : « Demain, il fera jour. » Tu me demandas d’utiliser cette expression comme titre d’un film que tu étais en train d’achever. J’acceptai, bien entendu. Cette phrase, je l’avais pêchée dans un roman de Paul Féval, « Les Habits noirs ». C’était le mot de passe qu’utilisaient, en signe de reconnaissance, des conspirateurs. On sait, d’autre part, quelle était ta couleur préférée. Cette phrase était donc pour toi. Si bien que, maintenant, alors que tu t’apprêtes à franchir la muraille de feu, pour retourner dans ta galaxie, je ne te dirai ni adieu ni au revoir, puisque tu restes bien présent dans ma mémoire et que ton souvenir n’est pas près de disparaître, mais : « N’aie pas peur, demain, il fera jour. »

    Maxime Benoît-Jeannin

  16. Jean-Jacques Mathy :

    C’est difficile d’exprimer une amitié et une complicité vieille de plus de 30 ans.

    C’est difficile de résumer autant d’années, autant de films en quelques mots.

    17 films mais surtout 17 expériences parce que c’était cela qui définissait le travail avec Michel.

    Chaque film était une aventure, une aventure passionnante, une recherche sur la forme, une approche de l’intime de l’écriture, de l’intime la voix et de celle corps humain.

    Un coté expérimental extrêmement stimulant d’où l’on sortait toujours plus riche et plus fort, mais surtout plus heureux.

    C’est cela qui nous réunissait, Michel et moi, l’odeur du laboratoire, le droit à l’erreur, mais aussi l’espoir de la découverte. Une complicité dans le risque esthétique.

    Michel faisait les films qui avaient une convergence profonde avec ses préoccupations ou sa sensibilité, il y mettait une partie de son âme, de sa vie et de ses fantasmes.

    Parfois cela fâchait l’auteur ou le metteur en scène dont il avait restitué l’œuvre avec honnêteté mais aussi SON point de vue si particulier.
    On assistait alors au choc de deux sensibilités exacerbées.

    Si j’ai acquis dans la profession une réputation estimable c’est bien évidement grâce au travail passionnant et stimulant accompli pour et avec Michel Jakar.

    Et puis vint cette dernière journée, ce triste lundi où, grâce à Sacha, on a pu t’entourer avec quelques amis, tenter de te faire sentir notre soutien, l’espoir que tu perçoives autour de toi l’amour et l’amitié de tes proches.

    Dans le film de Richard Olivier tu dis que l’image qui te fascine est la chambre, la chambre d’hôpital que tu avais déjà connue, la chambre que tu avais longuement filmée ces dernières années en référence au peintre Jean Rustin qui a hanté ta vie, et un peu la mienne. Ce fut ton dernier décor.

    J’ai vu ton corps se “dissoudre “, s’évanouir dans la blancheur des draps, peu à peu sa couleur changeait et immanquablement te rapprochait des personnages de Rustin, y compris cette dernière expression interrogative de ton visage, qui restera figée dans ma mémoire, l’image que je n’aurais pu ni voulu immortaliser mais qui est présente en moi plus que toute autre.

    C’était un moment profondément triste et douloureux mais il y avait quelque chose de magnifique dans cette impression de partage, le sentiment d’avoir été ensemble au bout du chemin.

    Je vais continuer à faire des images, je vais continuer à faire des films, je ne ferai pas du “Jakar“, mais ton énergie et ta détermination resteront à mes côtés.

    Merci pour tout cela Michel.

    Jean-Jacques Mathy – 1er février 2012

  17. my respect and condolences for a great man.

  18. Katy :

    Monsieur, je ne vous connaissais pas mais je connais votre ami Jean….Et à lire tous les messages d’affection et les pensées que les gens ont laissés pour vous, je suis persuadée que vous étiez un très grand homme, remplis de bonne choses et avec une grande force et une énorme générosité…Je tiens à vous souhaiter de reposer en paix auprès des étoiles….Et je souhaite mes condoléances avec du retard à votre famille et votre entourage….

    Une étoile filante passe au dessus de nos tête…

    Courage à vous…

    Katy

  19. Lorent Dominique :

    mars 5, 2012 at 4:27
    Bien plus qu’un ami. Un être étrange, un solitaire dynamique en pensée perpétuelle. Interrogation, échange, ouverture, apprendre,comprendre,donner, recevoir,professeur et élève. Aussi, expérience, avancement, un chemin vers la cohérence.

    Michel un philosophe des temps futurs. L’une de mes plus belles rencontres.

    Merci toi.

    Dominique.

  20. mara pigeon :

    beaux témoignages que ceux qui précèdent, à propos d’un homme à qui j’ai dit très peu de mots, souri quelques fois,
    aux assemblées générales de la scam et de la sacd
    un homme en noir toujours là, attentif, présent, silencieux …
    une pensée pour ses proches
    mara pigeon

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